Cryptic Madness - Flow of Nature

Avec cet objet, le groupe genevois Astrath cherche à gagner un label pour faire partie de la cour des jeunes groupes qui peuvent compter. A l'écoute des premières sorties (qui sont en téléchargement intégrales sur le site) on se dit que ce n'est pas forcément gagné, puisqu'il y a un potentiel incontestable et une volonté de bien faire, mais que le black mélodique et les jolies pochettes ne permettent pas de marquer une nette différence face aux autres groupes.

La donne est ici toute différente. Certes, ceux qui connaissent Asteria, le projet solo de Deniz Ates, ne seront pas surpris: même touche classique, baroque, dans le jeu de guitare, même propreté, même approche perfectionniste des mélodies, des riffs, des leads. Deniz est un bon guitariste, inspiré, technique; et il a raison d'utiliser ses talents pour ses deux groupes ! Surtout qu'ici, le batteur permet un son plus compact, puissant. C'est donc un black metal de qualité qui est proposé ici; quelque chose de très mélodique, assez subtil et jamais "evil". Je rapprocherais Astrath d'un black metal dit "sophistiqué" façon Orakle ou même Obtained Enslavement (le clavier en moins). Il n'y a rien à dire, tout est fait pour convaincre, des touches acoustiques sur le titre éponyme au passage presque folk sur le dernier titre, aux leads baroques ou aux accélérations doublées de riffs rentre-dedans: une ambiance romantique plâne sur toute la démo. Un style qui rappelle le meilleur du black mélodique, et m'évoque par moment une pointure suisse: Mirrorthrone, en moins fouillé et complexe.

Premier constat, les musiciens se sont nettement améliorés par rapport aux premières sorties. Et oui, ça paye de bosser son jeu de guitare... Pourtant, quelques bémols resteraient de mise: c'est super bien joué, y a rien à dire, mais les morceaux sont peut-être à peine trop répétitifs. Mélanger le black mélodique et les éléments baroques est une excellente idée, mais l'auditeur risque d'un peu saturer et d'avoir l'impression d'entendre la même pièce répétée tout au long de l'album, d'autant plus que les titres sont assez long. Enfin, on m'objectera avec raison que cette critique s'applique souvent au black metal; et que si le 90% des groupes nous endorment en jouant le même riff simplissime, Astrath a le mérite de jouer des riffs qui se ressemblent, mais par leur côté compliqué... Encore qu'après quelques écoutes, on se met à apprécier cette impression de surchargé, de "trop-plein"; on ressent bien que les musiciens ont voulu jouer quelque chose de complexe, et on se met à chercher les différences entre les morceaux, les petites subtilités. Et on les trouve: ici, un jeu presque punk dans la batterie, là un ralentissement, ici un lit de note joué à la basse, là une charge où le batteur se déchaîne...

Le chant lui aussi est très bon, beaucoup plus maîtrisé et convainquant que sur les premières sorties: comme pour Asteria, on entend que Deniz s'est largement amélioré. Pas de synthé ici ni de chant clair, la volonté d'une musique épurée semble avoir été le mot-clef. Tant mieux, parce que ça permet de mieux apprécier la déjà grande complexité des titres de Flow of Nature. Avec tous ces arguments, il y a bien un label qui devrait accepter de produire l'album de façon respectable. Le son est déjà bon, mais avec à peine de plus de puissance, Astrath pourrait faire la gloire d'un label qui se respecte. Et donc, mériter l'attention des auditeurs.

Note: 5/6